Saison après saison, la Fashion Week parisienne accueille des marques venues bien au-delà des capitales occidentales traditionnelles. Longtemps enfermée dans des représentations réductrices, la scène chinoise contemporaine s’affirme aujourd’hui comme l’un des foyers créatifs les plus stimulants de la mode internationale. À Paris, ces labels démontrent que la Chine ne se limite plus à un rôle de production : elle raconte des histoires, expérimente des formes et propose des visions singulières du vêtement contemporain.
A.A.Spectrum, mémoire collective et vestiaire du quotidien
Pour cette saison, A.A.Spectrum s’intéresse à une période charnière de l’histoire chinoise : les années 1990 et 2000, marquées par l’ouverture progressive du pays sous l’impulsion de Deng Xiaoping. Une époque de transformation rapide, où les influences occidentales commencent à dialoguer avec des codes profondément ancrés dans la culture locale.



Présentée à Paris, la collection mêle ces deux registres avec justesse. Lors de la soirée de lancement chez Gros Bao, le décor — reconstitution minutieuse d’un salon des années 1950-1960 — convoquait une mémoire collective familière à plusieurs générations : tapisseries, velours, bibelots, atmosphère figée dans le temps.
Les silhouettes, unisexes et volontairement décontractées, privilégient le confort sans renoncer à la précision : tracksuits terracotta, doudounes zippées, vestes ponctuées de fermoirs brandebourg. Un vestiaire fonctionnel, ancré dans le quotidien, qui se distingue par une lecture sensible de l’histoire récente.
Elywood, un romantisme durable
Présentée en collaboration avec le concept store parisien Aesavant, spécialisé dans la scène asiatique, la collection croisière d’Elywood s’inscrit dans un registre résolument poétique. Le label développe un univers romantique et bohème, presque onirique, où la douceur visuelle dialogue avec une démarche responsable.


La marque privilégie l’utilisation de matériaux recyclés et limite volontairement sa palette chromatique. Noir, blanc et nuances neutres composent un ensemble cohérent, où chaque pièce semble pensée pour durer au-delà des saisons.
Elywood se distingue également par son fonctionnement collectif : chaque création est signée des initiales de son ou sa créatrice sur l’étiquette, revendiquant une pluralité de regards dans un secteur souvent dominé par une seule figure.
Elywood, un romantisme durable
Présentée en collaboration avec le concept store parisien Aesavant, spécialisé dans la scène asiatique, la collection croisière d’Elywood s’inscrit dans un registre résolument poétique. Le label développe un univers romantique et bohème, presque onirique, où la douceur visuelle dialogue avec une démarche responsable.



La marque privilégie l’utilisation de matériaux recyclés et limite volontairement sa palette chromatique. Noir, blanc et nuances neutres composent un ensemble cohérent, où chaque pièce semble pensée pour durer au-delà des saisons.
Elywood se distingue également par son fonctionnement collectif : chaque création est signée des initiales de son ou sa créatrice sur l’étiquette, revendiquant une pluralité de regards dans un secteur souvent dominé par une seule figure.
Sean Suen, le vêtement comme seconde peau
Basé à Pékin, Sean Suen célèbre cette saison dix ans de présence à Paris avec une collection intitulée Second Skin. Présenté sous forme de lookbook en noir et blanc, le vestiaire adopte une approche introspective du tailoring masculin.



Épaules marquées, cols relevés, vestes raccourcies, manches de chemises apparentes : chaque détail participe à une construction presque architecturale. Les vêtements se superposent comme des couches protectrices, enveloppant le corps sans jamais le neutraliser.
Chez Sean Suen, le vêtement ne cherche pas à effacer l’individu, mais à en prolonger la présence. L’homme occupe l’espace, dialogue avec la matière et affirme son identité à travers la précision des coupes.
Ziggy Chen, un tailoring en ruine maîtrisée
C’est dans un temple protestant du VIIIᵉ arrondissement de Paris que Ziggy Chen a présenté sa collection FW26, intitulée DISSPARITION. Un cadre solennel pour un vestiaire évoquant un monde en suspens, presque post-apocalyptique.



La signature de la marque est immédiatement reconnaissable : un tailoring flou, construit par superpositions successives. Les fibres naturelles conservent une étonnante légèreté malgré l’accumulation, conférant aux silhouettes une dimension aérienne.
Teintes froides, effets volontairement vieillis, volumes imparfaits : les vêtements semblent chargés d’histoire, tournés vers un futur incertain. Un manteau aux boutons placés dans le dos, porté avec une épaule tombante, incarne cette volonté d’exposer l’imperfection comme langage esthétique.
Loin des stéréotypes persistants, ces créateurs imposent des récits complexes, nourris d’histoire, de philosophie et d’expérimentation formelle. Qu’elles soient institutionnalisées ou encore en marge des circuits dominants, ces maisons participent activement au renouvellement du paysage parisien — et confirment que la mode contemporaine se pense désormais à l’échelle mondiale, dans un dialogue constant entre héritage et innovation.








