Quand la mode s’emballe : cinq moments incontournables de janvier

Fév 6, 2026 | Brands, Culture, Fashion

Janvier marque traditionnellement l’ouverture de l’année mode, une forme de rentrée officielle pour les maisons et les créateurs. Mais loin des calendriers institutionnels, la couture, les performances et les propositions les plus expérimentales continuent de s’épanouir dans des espaces périphériques. C’est précisément dans ces zones de liberté que se dessinent les tendances de demain et que de nouvelles figures émergent. Avec ce nouveau format, SNSP s’intéresse à ces marges créatives. Retour sur cinq moments forts qui ont rythmé ce mois de janvier, entre accessoires viraux, performances couture et redéfinition des codes du masculin.

Des barrettes XXL pensées comme objets viraux – Beata Rydbacken

La créatrice suédoise Beata Rydbacken, connue pour ses collaborations avec le designer d’objets Gustaf Westman, a mis en lumière sa propre ligne de vêtements et d’accessoires. Ce sont surtout ses barrettes à cheveux surdimensionnées — accompagnées d’une écharpe en cheveux ultra-réalistes — qui ont capté l’attention des réseaux sociaux.

@beatarydbacken
@beatarydbacken

Plutôt que de les présenter de manière classique, la créatrice choisit une mise en scène inattendue : ses accessoires sont stylisés… sur un poney. Un choix à fort impact visuel, qui témoigne d’un sens aigu de l’image et du storytelling. Résultat : des dizaines de milliers de likes sur Instagram et un accessoire déjà identifié comme futur objet d’éditoriaux, de street style ou de détournements stylistiques. Une démonstration de la manière dont un accessoire peut devenir viral sans passer par les circuits traditionnels.

Les premiers pas couture d’Ida Immendorff

Fille des artistes Oda Jaune et Jörg Immendorff, la designer et costumière Ida Immendorff a présenté sa toute première collection couture, intitulée Hi, Way to Heaven?. Une proposition à la fois radicale et poétique.

@jeanpicon

Entièrement conçue autour du blanc, la collection évoque les draps utilisés pour recouvrir les œuvres d’art, conférant aux silhouettes une dimension presque spectrale. Dentelles délicates, masques, cornes, capuches et chapeaux pointus composent un univers onirique, où chaque tenue raconte une histoire distincte malgré la monochromie. À travers cette première collection, Ida Immendorff affirme une vision singulière, où la mode devient un langage symbolique et presque rituel.

La coiffure comme élément narratif du défilé

FW26 @kikokostadinov

Cette saison, la coiffure s’impose comme un élément central du storytelling des collections. Cheveux volontairement collés, volumes sculptés rappelant Marie-Antoinette, mèches colorées ou longueurs asymétriques : la glam team devient un maillon essentiel de la narration.

Chez Comme des Garçons Homme Plus, Yohji Yamamoto ou Charles Jeffrey LOVERBOY, les coiffures parachèvent le propos des collections. Chez Rick Owens, Kiko Kostadinov ou encore LOVERBOY, des mèches vives tombent sur le visage, brouillant les traits et altérant la perception du vêtement. La coiffure agit ici comme un filtre, renforçant la dimension dramatique et conceptuelle des silhouettes.

Lazoschmidl et la notion de « healthy masculinity »

Le duo Lazoschmidl propose une réflexion engagée sur les codes du masculin. Derrière une vitrine donnant sur la rue, trois mannequins masculins effectuent des tâches domestiques : repassage, pliage, essayage. Des gestes habituellement invisibilisés, souvent associés au féminin, deviennent ici une performance publique.

@lazoschmidl
@lazoschmidl

La collection affiche le slogan « healthy masculinity », revendiquant une masculinité ouverte, créative et bienveillante. Dans un contexte marqué par le retour de discours masculinistes, cette mise en scène agit comme un contrepoint fort. Plus qu’une collection, Lazoschmidl propose une réflexion sur les rôles genrés et démontre que la mode peut être un outil de transformation sociale autant qu’un terrain esthétique.

Charles Jeffrey transforme le défilé en performance totale

Dans les sous-sols du Dover Street Market Paris, Charles Jeffrey a repoussé les limites du format traditionnel du défilé. Le groupe Baby Berserk s’est produit en live, tandis que les mannequins évoluaient au rythme de la musique, entourés de toiles peintes par le designer lui-même.

photo: @jasamuller hair: @charlesstanley
@tylermatthewoyer

Ici, le catwalk figé laisse place à une expérience immersive, à la croisée du concert, de l’installation artistique et de la performance. Le vêtement devient vivant, interactif, en dialogue constant avec l’espace et le public. Une approche fidèle à l’esprit punk et subversif de LOVERBOY, qui réinvente saison après saison les codes de la présentation de mode.

Ce mois de janvier démontre une fois de plus que la mode ne se limite pas à une succession de collections alignées sur un calendrier. Elle est aussi un laboratoire, un terrain d’expérimentation où l’étrange, le politique et l’artistique cohabitent.

Entre barrettes XXL devenues objets viraux, performances couture et nouvelles lectures de la masculinité, ces moments confirment que l’innovation naît souvent en marge. Là où les règles sont plus souples, et où la mode retrouve pleinement sa fonction première : interroger, surprendre et raconter le monde autrement.