La « clean girl era » semble bel et bien toucher à sa fin avec 2026. Avec elle disparaît l’obsession d’une image lisse, presque aseptisée. À sa place, une autre esthétique prend doucement le relais. Elle accepte les accrocs, les plis, les traces. En 2026, la mode n’efface plus les défauts : elle les montre et les assume pleinement. Décryptage.
Les vêtements comme traces du temps
Chez Prada, la collection Automne-Hiver 26 présentée à Milan se distingue par ses détails : manches tachées, étoffes mitées ou reprisées. Fil rouge : le temps qui passe. Les couches de vêtements deviennent autant de strates temporelles, comme si chaque silhouette traversait les époques sous nos yeux.



Avec cette collection, Miuccia Prada et Raf Simons poursuivent leur déconstruction de la silhouette masculine. Il ne s’agit plus de redéfinir l’homme par la rupture, mais par la continuité. Un homme qui assume d’où il vient et sait où il va. Les vêtements volontairement altérés ne sont ni des artifices ni des provocations : ils témoignent d’un vécu. Ils racontent un corps qui habite ses habits, qui les use, les garde, les transforme. Un vestiaire pensé pour durer plutôt que pour impressionner.
Chanel sans filtre

Chez Chanel, pour la collection Printemps-Été 26 sous la verrière du Grand Palais, Mathieu Blazy signe une entrée remarquée. Pour sa première collection à la tête de la maison au camélia, il explore lui aussi la question du temps. Quoi de mieux qu’une réinterprétation du Timeless — littéralement « intemporel » ? Sous la direction artistique du Franco-Belge, le sac iconique se présente ouvert, déformé, comme oublié au fond d’un placard humide. Avec cette version du Timeless, Blazy propose sa propre définition de la beauté et rappelle qu’un sac Chanel, peu importe son état, peut être porté fièrement.
Le vestiaire comme compagnon de vie
Chez Celine, Michael Rider affirme également sa voix après l’empreinte imposante d’Hedi Slimane. Pour sa deuxième collection, il imagine un vestiaire qui dure. Des pièces que l’on garde, que l’on emmène, qui s’imprègnent des lieux et des moments. Une collection rassurante, presque comme une madeleine de Proust.
Pas de défilé cette saison, mais une mise en scène domestique. Au centre, une tour de pulls multicolores. Autour, des silhouettes complètes, des foulards suspendus, des vêtements laissés là. Sur une table, un cabas entrouvert laisse dépasser une écharpe, comme si son propriétaire venait de partir ou allait revenir d’un instant à l’autre.


À côté, un blouson en cuir repose sur le parquet. Les pins qui le couvrent symbolisent le temps qui passe, les lieux traversés, les souvenirs accumulés. Au sol, des chaussures serpentent, formant un fil sinueux. Le créateur dévoile ainsi les multiples facettes de l’homme qu’il imagine cette saison, et plus largement au sein d’une des marques phares du groupe LVMH.
2026, un moment de bascule ?
La mode semble aujourd’hui s’opposer à une société obsédée par le contrôle du temps. Elle ralentit, accepte l’usure, façonne des garde-robes pensées pour résister. Ce mouvement contraste avec les récits dominants sur les réseaux sociaux, où l’on cherche à freiner le temps, à le dissimuler, à le corriger. Rides effacées, peau retendue, jeunesse prolongée artificiellement, vêtements flambants neufs fièrement exposés.
Des films et séries comme The Substance ou Beauty ironisent sur cette obsession du contrôle et cette peur panique du vieillissement. Elles exposent, parfois jusqu’à l’absurde, le désir de rester intact, immuable, hors du temps. Face à cela, la mode de 2026 propose autre chose. Elle ne promet pas la jeunesse éternelle, mais une forme de vérité. Elle suggère que l’imperfection n’est pas à corriger, mais à valoriser fièrement.







