La Fashion Week Homme sera politique ou ne sera pas

Jan 20, 2026 | Culture, Fashion, Lifestyle

Quatre journées de défilés, un calendrier dense et une scène créative en pleine recomposition : la Fashion Week Homme s’annonce particulièrement significative cette saison. Entre figures confirmées et créateurs récemment installés, plusieurs propositions laissent déjà entrevoir une édition où la mode ne se contente plus d’habiller les corps, mais cherche à prendre position. Identité, engagement, héritage culturel : tour d’horizon de celles et ceux qui pourraient marquer Paris cette semaine.

Jeanne Friot : la mode comme outil de combat

Révélée au grand public lors des Jeux Olympiques, Jeanne Friot poursuit une démarche où le vêtement devient un véritable médium politique. La créatrice française revendique ouvertement ses engagements, rappelant dans une interview accordée à Têtu qu’elle entend « défendre [ses] valeurs et les causes qui [lui] tiennent à cœur, en faisant de la mode un espace de lutte ».

Sa prochaine collection, intitulée Awake (« éveillé »), s’inscrit pleinement dans cette continuité. Chez Friot, chaque pièce porte un message, chaque silhouette est pensée comme un acte de prise de parole. Elle s’inscrit ainsi dans une génération de créateurs pour qui la mode n’est plus décorative, mais profondément sociale et politique. Un rendez-vous attendu.

Charles Jeffrey : punk, inclusif et irrévérencieux

De retour à Paris, Charles Jeffrey et son label Charles Jeffrey LOVERBOY promettent une nouvelle performance à la frontière du défilé et du manifeste. Le créateur britannique continue de soutenir activement les scènes alternatives, les communautés LGBTQIA+ et les personnes en situation de handicap.

@the.o.r.brand

Maître du détournement, il transforme les symboles de l’ordre établi en objets de subversion : soldats de la garde royale revisités façon punk, peaux de banane devenant accessoires ou ornements absurdes. Derrière l’exubérance, un propos politique clair : revendiquer la différence, célébrer l’étrangeté et questionner les normes. Avec LOVERBOY, chaque saison est une expérimentation radicale.

3.Paradis : un moment charnière

Fondateur de 3.Paradis, Emeric Tchatchoua a récemment été nommé Chevalier des Arts et des Lettres par Rachida Dati, le 14 janvier. Une distinction hautement symbolique, qui reconnaît autant son travail créatif que son rôle dans le rayonnement culturel français.

@jtordjman
@mory_sacko_
@piailianacarolina

Sa prochaine collection s’annonce comme un tournant, tout en restant fidèle à l’ADN de la marque : couleurs franches, approche ludique et narration optimiste. À l’instar de Charles Jeffrey, Tchatchoua met en avant des profils créatifs issus de parcours et d’origines diverses, envoyant un message fort à la nouvelle génération : rêver grand, sans s’excuser.

Walter Van Beirendonck : provocation joyeuse

Figure incontournable de la scène belge, Walter Van Beirendonck a déjà annoncé la couleur. Sa collection Scare the Crow (« Effraie le corbeau ») sera présentée dans un lieu dont la date, l’heure et même la station de métro ont été rendues publiques — un geste rare dans l’univers très codifié des défilés parisiens.

@nicksoland

Après les silhouettes extraterrestres de l’automne-hiver 2025, on peut s’attendre à un show mêlant humour, couleurs saturées et excentricité assumée. Fidèle à lui-même, Van Beirendonck conjugue critique sociale et esthétique radicale, transformant le défilé en spectacle joyeusement dérangeant. Une proposition qui rappelle que la mode peut aussi être ludique, tout en restant profondément engagée.

Kartik Kumra : héritage indien et modernité

Fondateur de Kartik Research, Kartik Kumra revient à Paris après avoir suscité l’attention internationale en personnalisant une cravate pour Zohran Kwame Mamdani, récemment élu maire musulman de New York. Un geste symbolique, révélateur d’un héritage partagé et d’une identité assumée.

@zohrankmamdani styled by @gabriellak_j

La marque valorise les savoir-faire indiens, notamment la broderie, qu’elle réinterprète dans des silhouettes contemporaines et décontractées. Kartik Research réussit à conjuguer exigence artisanale et modernité, prouvant que le patrimoine peut dialoguer avec une vision résolument tournée vers l’avenir.

Willy Chavarria : l’amour comme acte politique

Le créateur américano-mexicain présentera Eterno (« Éternel »), une collection chargée de symboles. Références christiques, slogans tels que « Love Will Survive Us » ou « Save Us from Ourselves » : Willy Chavarria explore la place de la religion et de l’amour dans sa double culture.

Dans un contexte mondial marqué par les tensions et les fractures, ses silhouettes proposent une autre lecture du politique : celle de l’amour comme forme de résistance. Poétique, critique et profondément humaine, sa collection s’annonce comme l’un des moments forts de cette Fashion Week.

Entre revendications identitaires, engagements explicites et réinterprétations culturelles, chaque défilé semble porter une vision du monde. Cette Fashion Week Homme pourrait bien confirmer une tendance de fond : la mode masculine n’est plus seulement une affaire de style, mais un espace où se jouent des récits, des luttes et des prises de position.