À la croisée de l’avant-garde créative et des dynamiques virales, une nouvelle génération de labels s’impose progressivement dans le paysage mode. Plus que de simples tendances, ces marques développent des univers cohérents, souvent engagés, qui questionnent notre rapport au vêtement, au corps et au temps. Tour d’horizon de cinq noms à suivre de près en 2026.
Damson Madder : ralentir pour mieux créer
Originaire du Royaume-Uni, Damson Madder s’impose comme une réponse crédible à la lassitude provoquée par la surenchère de micro-tendances. Le label revendique un rythme volontairement ralenti, à rebours de la fast fashion : chaque pièce nécessite entre douze et dix-huit mois de développement, un choix assumé qui replace le vêtement au centre du dressing, et non dans une logique de renouvellement constant.



La marque mise sur des matières recyclées, une transparence affichée sur les processus de production et des labels environnementaux clairement identifiés. Les slogans — « made to last », « maximum style, minimum impact » — traduisent une vision sans ambiguïté. Les pièces conjuguent praticité et caractère : trenchs réversibles, doudounes aux manches amovibles, coupes pensées pour accompagner la vie quotidienne. Les imprimés classiques se réinventent à travers des palettes chromatiques vives, conférant à la marque une identité reconnaissable. Déjà adoptée par une génération d’it-girls sensibles aux enjeux environnementaux, Damson Madder s’impose comme une valeur sûre du vestiaire conscient.
Fanci Club : la scène vietnamienne en pleine lumière
Basé à Ho Chi Minh-Ville, Fanci Club a marqué l’année avec un premier défilé d’envergure dévoilant près de quatre-vingts silhouettes, ainsi que le lancement simultané d’une ligne masculine. Encore peu accessible en Europe — aucun point de vente physique en France ou en Belgique à ce jour — le label cultive une forme de désir renforcée par sa rareté. Une expansion européenne semble néanmoins inévitable.

Sur le plan créatif, Fanci Club rivalise sans difficulté avec de nombreuses maisons occidentales. Son vestiaire féminin se distingue par une sensualité assumée, notamment à travers l’usage du soutien-gorge porté comme pièce principale — une tendance largement reprise en fin d’année, dont la marque a été l’un des catalyseurs visibles. La ligne masculine propose quant à elle une relecture fluide et inclusive de la masculinité : dos nus, transparences, coupes souples et couleurs franches composent un vestiaire hybride. Plus qu’un simple reflet de l’air du temps, Fanci Club participe activement à sa construction.
Diane V : le motif comme langage identitaire
Après une année 2025 marquée par une collaboration remarquée avec PinkPantheress et une entrée au Dover Street Market de Paris, Diane V poursuit son développement avec une énergie singulière. Le label, nourri par les origines franco-togolaises de sa fondatrice, revendique une approche textile audacieuse, fondée sur l’accumulation de motifs et les croisements culturels.

À contre-courant du quiet luxury, Diane V célèbre l’exubérance : camouflage, tartan, carreaux et madras coexistent sans hiérarchie. Les sacs — pièces centrales du vestiaire — s’enrichissent désormais d’accessoires ludiques, notamment de petits animaux réalisés à partir de chutes de tissu, inscrivant la marque dans une démarche circulaire. Des bonnets, encore inédits commercialement, laissent entrevoir une extension progressive de l’offre. Déjà adoptée par les figures les plus attentives à la scène émergente, Diane V confirme son statut de label à suivre.
Lucila Safdie : une mode pensée depuis l’intime
Formée à la Central Saint Martins, la créatrice argentine Lucila Safdie développe à Londres un univers délicat, situé à la frontière de l’enfance et de l’âge adulte. Son travail s’articule autour d’un regard profondément féminin, où le vêtement devient un espace de projection émotionnelle.


La production reste volontairement confidentielle : chaque pièce est fabriquée à la main à Londres, en quantités très limitées. Cette échelle réduite constitue un pilier de l’identité du label. Les créations hybrides — polos intégrant des pulls, silhouettes sages perturbées par de la dentelle, des transparences ou des découpes — traduisent une recherche de complexité subtile. Chez Lucila Safdie, la mode n’est jamais démonstrative, mais toujours habitée.
August Barron : une expérimentation maîtrisée
Après All-In, Benjamin Barron et Bror August Vestbø inaugurent August Barron, synthèse de leurs deux identités créatives. Finalistes du prix LVMH en 2025, ils s’imposent comme des acteurs centraux d’une mode féminine expérimentale et conceptuelle.



Le label parisien adopte une approche transversale, mêlant photographie, édition et vêtement. La fabrication repose sur l’utilisation de dead stock et des volumes volontairement restreints, renforçant la dimension éditoriale de chaque collection. Une collaboration avec la styliste Lotta Volkova a contribué à accroître la visibilité du projet.
Esthétiquement, August Barron se distingue par un travail précis sur le layering, l’asymétrie et le port décalé des pièces. Les bottes oversize et les chaussures à œillets sont devenues de véritables signatures. Chaque vêtement est pensé comme un objet modulable, destiné à être réinterprété au fil du temps.
À l’aube de 2026, ces marques incarnent une mode qui ne se contente plus de séduire visuellement. Elles interrogent la temporalité, la production, la représentation des corps et la narration vestimentaire. Entre engagement, radicalité et désir, elles dessinent les contours d’un vestiaire féminin en pleine redéfinition — plus conscient, plus libre, et résolument tourné vers l’avenir.








