5 photographes de mode à suivre en 2026

Mai 4, 2026 | Culture, Fashion

Derrière les éditos des plus grands magazines, les campagnes des maisons les plus désirables ou des projets plus personnels, certains photographes imposent déjà leur regard. Plus qu’un simple objectif, leur vision contribue à façonner l’image de la mode contemporaine tout en capturant, presque à vif, l’esprit de notre époque. Entre portrait, narration et expérimentation, voici cinq talents à garder de très près sur son radar cette année.

Jaša Müller, quand l’image résiste à l’intelligence artificielle

Récemment devenu viral grâce à une couverture remarquée du Paper Magazine, Jaša Müller concentre aujourd’hui toute l’attention de la toile — d’Instagram à TikTok, jusqu’aux discussions Reddit. Sa force : une capacité rare à fusionner photographie et illustration.

Sur fond immaculé, Ayo Edebiri apparaît en total look Chanel, clin d’œil assumé à son rôle d’ambassadrice de la maison sous l’ère Matthieu Blazy. La peau subtilement retravaillée, presque dessinée, crée un contraste saisissant avec la neutralité du décor. À l’heure où l’intelligence artificielle tend à uniformiser l’image de mode, cette série, entièrement produite par des humains, apparaît comme une réponse presque manifeste à cette standardisation visuelle.

Le travail de Müller se situe précisément à la frontière du réel et de l’imaginaire. Ses images semblent tout droit sorties d’un clip des années 1980, avec en filigrane l’héritage du pop art et de figures comme Andy Warhol. Un nom à suivre de très près.

Aïda Dahmani, la photographe autodidacte au plus près du réel

Photographe autodidacte d’origine algérienne, Aïda Dahmani navigue d’un univers à l’autre avec une aisance remarquable. Des campagnes pour Salomon aux portraits de SDM, Central Cee ou Ousmane Dembélé, en passant par la cover du single Wrong Things de Danitsa, son regard s’impose par sa justesse documentaire.

Son travail accorde une place centrale aux visages maghrébins et subsahariens, rendant hommage à ses origines tout en offrant une visibilité encore trop rare à des présences souvent absentes des campagnes mainstream. C’est précisément là que réside la force de son travail : faire de l’image de mode un espace de représentation.

Son parcours d’outsider nourrit également son approche. Lauréate de la bourse de la nouvelle photographie urbaine lors du festival Visa pour l’image à Perpignan, elle s’est imposée en quelques années comme l’un des regards les plus intéressants de sa génération.

Chanel Rémonde Victor, l’intimité au centre du cadre

Entre Paris et New York, Chanel Rémonde Victor se distingue par une approche presque documentaire du portrait. Son travail repose avant tout sur la relation qu’elle construit avec ses modèles. Chaque image naît d’un échange, d’une conversation préalable, qui permet au sujet de se déployer pleinement devant l’objectif.

Sa récente série, reprise par Dazed Magazine, met en lumière les talents du Paris nocturne — danseurs, performeurs, artistes burlesques — et illustre sa capacité à révéler l’intimité, la vulnérabilité et la singularité de chacun.

Au-delà de la photographie, Chanel partage également ses réflexions dans une newsletter personnelle, prolongeant son travail visuel par une pensée plus écrite. Une pratique particulièrement en phase avec la manière dont les créatifs façonnent aujourd’hui leur propre narration.

Jessica Madavo, la photographie comme prolongement du mouvement

Originaire de Johannesburg et aujourd’hui profondément nomade, Jessica Madavo traduit la mobilité de sa vie dans chacune de ses images. Son langage visuel repose sur une idée simple : le corps n’est jamais figé.

Ce qui distingue Madavo, c’est sa capacité à explorer l’auto-portrait et à intégrer le mouvement comme matière première de ses compositions. Ses images donnent l’impression d’une photographie en perpétuelle transformation, comme si le vêtement et le corps continuaient à vivre hors du cadre.

Récemment, elle signait la cover du POP Magazine avec Simone Ashley, révélée dans Bridgerton, et collabore régulièrement avec Dior depuis l’arrivée de Jonathan Anderson. Elle photographie également des figures masculines gravitant autour de la mode, comme Louis Garrel ou Kylian Mbappé, témoignant de l’élargissement constant de son champ visuel.

Zoe Natale Mannella, déconstruire les genres par le vêtement

Photographe anglo-italienne entre Milan et Paris, Zoe Natale Mannella place le vêtement au cœur de sa pratique. Autodidacte, elle s’intéresse moins au portrait pur qu’à la matière, aux volumes, aux coupes et aux couleurs.

À travers le vêtement, elle explore la liberté corporelle et sexuelle des femmes, brouillant volontairement les frontières entre féminin et masculin. Son travail ne documente pas seulement la mode : il interroge ce qu’elle produit comme récit du corps. Parmi ses collaborations récentes figurent Balmain, Blumarine et Du Ciel. À travers ces images, elle capte des femmes en mouvement, actrices de leur propre représentation, loin d’une posture simplement contemplative.

À garder très sérieusement sur son radar.